Les êtres vivants sont des machines.

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Je ne reconnais aucune différence entre les machines que font les artisans et les divers corps que la nature seule compose, sinon que les effets des machines ne dépendent que de l´agencement de certains tuyaux, ou ressorts, ou autres instruments, qui, devant avoir quelque proportion avec les mains de ceux qui les font, sont toujours si grands que leurs figures et mouvements se peuvent voir, au lieu que les tuyaux ou ressorts qui causent les effets des corps naturels sont ordinairement trop petits pour être aperçus de nos sens. Et il est certain que toutes les règles des mécaniques appartiennent à la physique, en sorte que toutes les choses qui sont artificielles, sont avec cela naturelles. Car, par exemple, lorsqu’une montre marque les heures par le moyen des roues dont elle est faite, cela ne lui est pas moins naturel qu’il est à un arbre de produire ses fruits. C’est pourquoi, en même façon qu’un horloger, en voyant une montre qu’il n´a point faite, peut ordinairement juger, de quelques-unes de ses parties qu’il regarde, quelles sont toutes les autres qu’il ne voit pas : ainsi, en considérant les effets et les parties sensibles des corps naturels, j’ai tâché de connaître quelles doivent être celles de leurs parties qui sont insensibles.

Descartes, Principes de la philosophie, 4eme partie, § 203.

Dans ce paragraphe 203 des Principes de la philosophie, Descartes aborde le thème des corps de l’ensemble de la nature dont il estime qu’ils procèdent de leurs figurent et mouvements, et qu’à ce titre, comme pour les machines, sont entièrement soumis aux lois physiques de la mécanique. L’analogie entre les machines et les corps produits par la nature a pour enjeu de réduire les corps à l’attribut de la seule étendue dont la réalité est strictement matérielle et extensive. La seule difficulté qui se pose est que les corps de nature sont plus complexes que les machines, tout aussi naturelles, et de ce fait n’offre à nos représentation et sensibilité que l’extension de leurs effets mécaniques et non leurs causes. Face à cette difficulté, Descartes propose une démarche inductive qui tire des effets sensibles des corps, objets de notre imagination, les causes mécaniques par notre entendement, capable de concevoir des connaissances objectives et démontrables. L’enjeu de ce texte et sa grande ambition est de fournir une explication strictement physique des corps et de leur mouvement en procédant à une géométrisation totale de la nature et dont l’intérêt est de dégager de cette explication toute tentation animiste. Ainsi, Descartes entend offrir à l’investigation scientifique la transparence d’une nature mécanique et non dynamique, dénuée de toute intention cachée, et détachée de tout fond métaphysique.

I) Analogie entre corps produits par la nature et machines techniques.
Tandis que les effets et les causes des machines sont absolument extensives de par leur grandeur, seuls les effets des corps que la nature composent sont donnés dans le réel à notre représentation par la sensibilité. Cette soustraction à l’imagination des causes mécaniques des corps de la nature ne doit en aucune manière décourager la démarche physique et l’explication strictement mécanique des corps.

II) Géométrisation de la nature.
Les lois mécaniques expliquent aussi bien les machines que les corps. Les machines ne sont pas moins naturelles que les corps, même si leur cause est mécanique. De même, en estimant la possibilité d’une cause strictement mécanique au corps de la nature, les corps n’en deviennent pas moins naturels. Au contraire, une explication mécanique de la nature, par sa géométrisation, la rend parfaitement claire et accessible à l’investigation scientifique.

III) Faire converger imagination et entendement par une démarche inductive.
Procéder à une géométrisation de la nature revient à rendre celle-ci explicable sans lui attribuer un fond dynamique et métaphysique dont le danger serait une forme d’animisme. Pour découvrir les causes des effets mécaniques des corps, il suffit de procéder à une induction et de remonter des effets aux causes, des parties les plus extensives pour en conclure les parties les moins extensives, passer par l’imagination et l’entendement

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